Lors du festival d’Angoulême, Eric Herenguel nous a présenté le deuxième numéro de l’excellent The Kong Crew édité chez les Editions Caurette.

The Kong Crew #1
The Kong Crew #1

Synopsis :

Nous sommes en 1947, quatorze ans après la victoire de Kong. Manhattan a été évacuée. L’ile est une zone interdite et très surveillée… par la Kong Crew ! Ce sont les aventures de cet escadron d’élite qui vont vous être racontées …

 

 

 

 

 

 

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 52 ans, j’ai commencé ma première publication à l’âge de 20 ans dans le journal de Tintin à la fin des années 80. J’aiu travaillé chez Zenda, jeune éditeur qui faisait de la bande dessinée américaine traduite, dont les Gardiens d’Alan Moore. Après ça, j’ai repris une grosse série chez Glénat Balade au bout du monde, à partir de là je suis passé du statut de jeune auteur sans ressources à auteur qui fait une série à des milliers d’exemplaires. J’ai pu à partir de là faire mon métier en étant bien rémunérait. Car quand tu fais une reprise de série connue, tu es au service de celle-ci. J’en ai fait 4 mais j’ai décidé qu’à 26 ans je ne voulais pas m’enfermer dans une série à long terme. Ca m’a permis de vivre avec les droits  d‘auteur et de tenter des expériences. La suivante, c’était une BD dans les éditions Delcourt : Edward John Trelawnay. C’est un pirate qui a fait ses mémoires et j’en ai fait une adaptation steampunk dans les années 1996, mais c’était pas le moment ! Car le style steampunk a émergé 15 ans après ! A l’époque, le genre qui marchait était la fantaisy, et après les trois albums on a décidé d’arrêter.

Suite à ça, après des ventes très en baisse, je pars dans les jeux vidéos, dans une entreprise à Lille nommé œil pour œil. Toute en le faisant, un des gars était rédacteur en chef du magazine Backstab, revue pour joueurs de jeux de rôles. Il me dit qu’il voudrait une BD en une page tous les mois, mais j’ai fini par faire 28 pages au lieu d’une et à la fin ça a donné une BD : Krän le barbare. J’ai vendu cette dernière à Vents d’Ouest. Il y a eu 10 numéros, 9 en tant que dessinateur scénariste plus des extensions univers, donc près de 14 bouquins. Une fois j‘ai eu le syndrome de l’enfermement. En 2010, j’ai arrêté la série et je me suis mis à un western fantastique sur l’univers Lovecraft : Lune d’Argent sur Providence, c’est un western qui prend le contre pied du genre. Ca m’a permis de faire une BD dans un genre qui ne se faisait pas dans ce moment là et ça a marché !

C’est avec cette série que j’ai été reconnu, je faisais notamment le dessin, la couleur et l’histoire. Juste après je suis approché par Christophe Arleston, et me propose une extension d’univers de Lanfeust avec les Légendes de Troy qui s’appelait Nuit Safran. Et en 2012, j’enchaine avec Xavier Dorison pour Ulysse 1780. Ca s’est très mal passé avec l’éditrice, la première virée et la seconde éditrice occupée à suivre d’autres séries, les relations sont devenues très et trop compliqué. J’ai arrêté après le second tome.

 

2. Ca été compliqué ?

Oui car tu laisses tes lecteurs en plan. C’est violent. Il manquait la suite et les aventures diverses et variées d’Ulysse. Parce que j’ai décidé de ne pas le faire, 2 ans par bouquin 2 ans quand ca se passe mal c’est trop dur.  C’était bizarre, car dans la même période j‘ai arrêté un travail de production en tant que scénariste chez Ankama. Donc, plus de travail d’un coup ! Dans la semaine, en une nuit, est venue The Kong Crew, je me couche, et au matin j‘avais toute l’histoire, le titre, mais pas le nom des personnages. J’avais la pleine page de la ville tel un film ! J’avais pris aucune note pendant une semaine sur cette BD, en estimant que si elle survivait pendant une semaine, c’est qu’elle tenait le coup. C’est la première fois que je rêve d’une histoire construite, mais petit je rêvais déjà de planches dessinées. Mon cerveau était capable de voir des choses que je n’étais pas capable de faire ! 

 

3. Une fois le dessin fait c’était toujours cohérent avec ton rêve ?

Oui, encore aujourd’hui (c’est arrivé il y a deux ans et demi) je me souviens parfaitement de certaines scènes. Par contre, ça s’est transformé, à l’époque c’était très visuel, aujourd’hui c’est plus du ressenti. Quand je dessine ces scènes, je ressens directement si je suis raccord avec mes rêves de l’époque. Tant que tu n’es pas revenu a cet impact graphique dans ton rêve, tu sens que c’est pas ça !

 

4. Qu’est-ce que tu préfères dans ton histoire ?

Ce sont les interstices dans l’histoire qui ne sont pas de l’ordre du visuel. Faire une ville détruite, c’est du cinéma. Dessiner un pauvre teckel avec sa misère car son maître a disparu, le quotidien de certains personnages et leurs réactions. Dans le second numéro, quand ils se rendent compte qu’ils ont donné de la tequila au chien c‘est surréaliste et c’est tout ce que j’aime ! Ce ne sont pas des gens qui surjouent leur rôle. Par exemple, moi j‘en ai eu des teckels quand j’étais enfant, je sais comment ça fonctionne, aspirateur qui mange tout et n’importe quoi, mais quand il veut ! J’ai nourri une grande histoire grand public avec des choses personnelles, mon père a été pilote dans l‘aéronavale dans les années 60.

 

5. Pourquoi autant de références à la BD américaine ? Lié à ton enfance ?

C’est venu plus tard, quand je suis devenue adulte. Quand j’ai eu 20 ans, j’ai fait un salon dans le Nord, près de Lille, un des premiers salons de comics en France. Plein d’auteurs on été invités et j’étais passionné je voyais ces dessins, les pin up, les dinosaures : j’étais fasciné. C’est un hommage à ma culture qui s’est construite sur des passions de lectures.

 

6. Jusqu’à où va aller The Kong Crew ? 

J’ai une fin de cycle. J’ai un enjeux, un pilote de chasse qui se crache sur Manhattan et qui découvre qu’il se passe des choses bizarres : pourquoi les animaux deviennent des dinosaures. Tous ces personnages vont découvrir ça. Virgil, le pilote c‘est le candide ! Quand il va être prisonnier des amazones, il va découvrir qu’elles font des prisonniers mâles pour se reproduire. Il devient un objet sexuel de reproduction et il ne se sent pas bien de comprendre ça ! Je joue avec ses codes là, j’inverse le processus.

 

7. Pourquoi jouer avec ses codes ? Les autres BD en manquent-elles ? 

Je ne sais pas. Je définirais the Kong Crew comme  un hommage au comics de l’âge d’or américain de Milton canif et Will Eisner. Je ne cherche pas la parodie qui serait une limite en surjouant avec les codes.

 

8. Comment définirais-tu ton style de dessin et ta qualité de scénariste ?

Pour l’écriture, j’ai une écriture intuitive. Je me méfie des personnes qui me parlent de la méthode de John Truby. C’est un génie de l’écriture, mais quand 10 suiveurs considèrent ça, ils écrivent la même chose. Ce n’est pas en reprenant les méthodes qu’on va faire mieux. C’est pareil pour le cinéma ! Ca été reproché à Stranger Things, car un moment, quand tu es la référence d’un genre, tu ne peux pas le dépasser. Ou alors tu détruis la référence et ça peut être reprocher ou alors tu suis la référence, tu l’amollis et tu la rends insipide.

Pour moi, parfois j‘en parle à des scénaristes très bon dans leur domaine, j’ai bossé avec Xavier Dorison par exemple pour comprendre sa méthode de travail. Alors Xavier c‘est mon antithèse, il écrit des bottins téléphoniques,200 pages pour 50 pages dessinées. Quand j’ai reçu son script sur Ulysse j‘ai réduit la typo pour mettre plus de pages imprimées d’un seul coup sinon ça faisait trop épais !

Moi, j’ai besoin de connaître toutes mes entrées et sorties de scène dans mes enjeux. Mais si la route bifurque et qu’elle m’emmène quand même au même endroit par un autre chemin, c’est bon. Car l’imprévue donne dans le chaos créatif quelque chose de plus intéressant ! Les deux Kong Crew sont rempli d’événements ajoutés sur le développement de l’histoire. La scène des papillons dans le second n’était pas prévue. J’imaginais qu’il montait les escaliers et qu’il tombait sur une bête et qu’il échappait de peu à la mort. Bon, ce n’était pas fou alors j’ai imaginé des papillons, c’est drôle comme symbole, car si ça cache un monstre derrière, c’est comme un rideau qui se lève et le monstre devient encore plus monstrueux. Et Virgil la seule chose qui voit est qu’il perd sa gourde ! 

 

9. Tu parles de la couleur, justement pourquoi avoir commencé par le noir et blanc ?

C’est moins cher à imprimer ! ahah. Au début on n’était parti pour imprimer que quelques pages comme des flyers pour montrer à des éditeurs étrangers. Mais finalement on est parti sur un comics en anglais pour toucher le plus de monde possible. 

 

10. Quel sera le format pour la BD française ?

La BD française réunira deux comics, donc 54 pages en couleurs plus des bonus et des illustrations.

 

11. La prochaine étape ?

Je termine la couleur du tome 1 en français. J’attaque le numéro trois de la version anglaise. On gère les droits étrangers, car en 8 mois, 7 pays dont la France ont voulu du projet. Les pays de l’Est, la Hollande, l’Allemagne et l’Espagne peut-être. 

 

12. En un mot : définir the Kong Crew ?

Un rêve 🙂 

 

Merci encore à Eric Herenguel pour cet interview, sa sympathie et son temps. Retrouvez aux éditions Caurette, l’incroyable comics The Kong Crew. Une review de deux numéros sera très bientôt disponible.

 

Je vous laisse avec quelques images pour vous plonger dans la jungle de Manhattan !