Avant de lire la critique qui arrivera ce mercredi, voici l’interview de l’auteur, du dessinateur et du coloriste : Laurent Astier. La Venin est le premier tome d’un western mettant en valeur une jeune femme loin de moeurs américaines des années 1900.

Laurent Astier - La Venin
Laurent Astier – La Venin

Peux-tu te présenter en quelques mots ? 
Laurent Astier : Cela fait 17 ans que je suis dans le milieu de la bande dessinée de façon professionnelle. Aujourd’hui, j’ai une vingtaine d’albums à mon actif. J’ai fait ma première série intitulée Cirk chez Glénat, un projet que je traînais depuis l’âge de 17 ans. Glénat avait remarqué mon travail lors de ma participation au concours du festival de BD à Sierre, en Suisse. Mon entrée dans le polar à commencé avec Gong chez Vent d’Ouest. Ensuite, j’ai collaboré avec mon frère, au scénario, sur Aven chez Vent d’Ouest. J’ai poursuivi avec cinq tomes de Cellule Poison chez Dargaud, avant d’entamer L’Affaire des Affaires avec Denis Robert. Une longue période de polars avec le dernier en date : Face au Mur, co-scénarisé avec un détenu rencontré lors d’un atelier à la Centrale de Saint-Maur. C’est l’univers carcéral qui m’a emmené vers La Venin. Ces cellules, cet univers clos m’a donné envie de grands espaces.
 
Quel est ton lien avec le western ? 
Le western, ce sont mes premières lectures BD, mes premiers dessins et mes premières histoires. Je fais partie de la seconde génération bercé par ce genre western. Petit, j’ai été bercé par la Dernière Séance d’Eddie Mitchell. Chez mes grands-parents, il y avait énormément de fumetti –ces petits albums italiens bon marché- dans le genre western. Je rêve depuis très longtemps d’écrire du western, mais le polar m’a pris beaucoup de temps. Quand j’ai commencé à créer le personnage d’Emily, je l’ai imaginé d’abord comme un hommage au personnage de Claudia Cardinal dans Il était une fois dans l’Ouest.
. Pour ce projet, j’ai failli laisser le dessin, mais mon meilleur ami m’a convaincu quand c’est un rêve depuis toute petit.
 
Peux-tu me parler d’Emily, le personnage principal de la série ?
Je trouvais que les femmes étaient toujours la caution sexy dans l’univers du western. Le personnage de Claudia Cardinal ne sert qu’à érotiser la pellicule ! C’est sûrement une des premières raisons qui m’ont fait développer ce personnage de femme dans un monde très masculin. Pour développer cette femme forte et indépendante, j’ai lu de nombreuses biographies de l’époque. Il y avait de débrouille, de changements de vie, de fuites de la part des femmes à cette période du Old West.
 
As-tu déjà voyagé aux Etats-Unis ?
J’aurais bien aimé faire le trajet d’Emily ! Heureusement, il y a Google Earth (haha). Lors de la course-poursuite par la cavalerie dans de grandes plaines nues, j’ai essayé de trouver des canyons et des reliefs pour ajouter de la dramaturgie à mes scènes. Pour le voyage d’Emily, j’ai même fait calculer la vitesse d’un cheval et les kilomètres à parcourir, car je suis dans un tempo précis par rapport à des événements réels de l’histoire américaine. Je voulais être le plus réaliste possible !
 
Il y a dans cette bande dessinée un réel souci historique, c’est une volonté de ta part ? 
Oui, comme je le disais précédemment, j’avais envie de m’inscrire dans la grande histoire américaine. Je voulais traiter la période qui est à cheval entre le Old West et la révolution industrielle. Je ne sais pas si on peut faire un rapprochement évident entre l’assassinat du sénateur Mc Grady dans la BD et celui de Kennedy… Mais comme j’ai énormément lu d’ouvrages à son sujet, cela a sûrement imbibé mon subconscient. 
 
On retrouve à la fin du tome 1 les carnets d’Emily, comment l’idée t’est venu ? Vas-tu développer l’aspect cultivé d’Emily ? 
Ma première idée était de faire une gazette pour avoir des articles de fond sur les périodes traitée, mais, avec mon éditrice, nous avons eu une bien meilleure idée. Je voulais quelque chose de plus profond, un moyen original de raconter Emily. Ses carnets, ses écrits, ses notes, quelques articles de journaux permettent de connaître plus finement le personnage. Pour le côté cultivé d’Emily, il sera toujours présent le long de la série. Il y a dans ce tome quelques références à ses lectures, mais il y en aura sûrement plus dans le tome 2 sachant qu’elle aura un peu plus de temps. Il y aura des extraits de ses carnets à chaque fin de tome. Dans ce premier tome, je fais entre Emily et Minnie Wallace. C’est une jeune femme élevée dans une maison close à la Nouvelle Orléans, qu’un riche homme d’affaires a acheté à sa mère pour la marier. Elle est devenue une meurtrière, mais qui tue d’une « manière féminine » (par le poison), alors qu’Emily reprend les armes des hommes, les armes à feu…
 
Tu es sur ce projet : auteur, dessinateur et coloriste, qu’as-tu préféré ?
Imaginer, développer, structurer le récit est la partie la plus éclatante. J’adore le moment de la création pure. J’ai d’ailleurs commencé comme auteur complet, avant de faire des collaborations. Si je n’avais pas eu le dessin comme don, je ne saurais qu’un raconteur d’histoire, que ce soit par le roman ou le cinéma. Mais le fait de dessiner fait quand même partie de mon histoire !
 
Pas trop difficile d’être seul sur un projet ?
Non, car il y a eu un vrai dialogue avec l’éditrice. Parfois, on a la tête dans le guidon et à ce moment-là l’éditeur nous aide. Rue de Sèvres a cet avantage d’être une structure assez petite. Tout le monde, que ce soit l’édito, le marketing ou la presse, est impliqué et fait pour chaque nouveau un choix collégial est fait. Ça se ressent sur toute la vie de livre…
 

Bon je sais je suis curieuse…mais que peux-tu nous dire sur la suite ? 
Je suis actuellement en train de boucler le scénario du 2e tome. Mais je ne veux rien révéler pour l’instant, que ça reste une vraie surprise pour les lecteurs (ahah). Si le Tome 1 a une fin très ouverte, je veux que chaque nouveau tome ait une ambiance, une histoire propre… 
 
Retrouvez dans toutes les librairies La Venin édité chez Rue de Sèvres et à mercredi pour la critique !